Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/201

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Pour la seconde fois le bailli l’arrêta.

– Seigneur Jean ! seigneur Jean ! murmura Thibault, voilà la seconde fois qu’en désir tu me passes ton épée au travers du corps : c’est donc la seconde fois que tu es meurtrier en pensée ! Prends garde ! on ne pèche pas seulement par action.

– Mille diables ! s’écria le baron hors de lui, je crois que ce drôle-là me fait de la morale ! Compère, vous vouliez tout à l’heure le larder comme un lièvre : laissez-moi lui donner un seul coup comme le matador au taureau, et je vous réponds bien que de ce coup, il ne se relèvera point.

– En considération de votre pauvre serviteur, qui vous en supplie à genoux, dit le bailli, laissez-le aller en paix, monseigneur, et daignez vous souvenir qu’étant mon hôte, il ne doit lui être fait, dans ma pauvre maison, ni mal ni dommage.

– Soit ! répondit le seigneur Jean ; mais je le retrouverai. Il court de méchants bruits depuis quelque temps sur son compte, et le braconnage n’est pas le seul méfait qui lui soit imputé : il a été vu et reconnu courant les bois accompagné de loups singulièrement apprivoisés. M’est avis que le drôle ne couche pas chez lui toutes les nuits de sabbat, et qu’il enfourche plus souvent un manche à balai qu’il ne convient à un bon catholique ; la meunière de Coyolles s’est plainte, m’a-t-on dit, de ses maléfices… C’est bien, n’en parlons plus ; j’enverrai visiter son logis, et, si tout ne m’y paraît pas en règle, je ferai détruire ce bouge de sorcellerie, dont je ne veux plus dans les domaines de monseigneur le duc d’Orléans. Maintenant, déguerpis et vivement !

L’exaspération du sabotier était à son comble pendant cette menaçante admonestation du seigneur Jean.