Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/212

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Cependant, il devait y avoir un moyen de combiner les choses pour que le mal d’autrui lui rapportât un bénéfice quelconque.

Il lui semblait que, s’il eût reçu une éducation scientifique au lieu d’être un pauvre sabotier sachant lire et compter à peine, il eût trouvé, dans les sciences, des combinaisons qui lui eussent infailliblement donné la richesse et le bonheur.

Pauvre fou !

S’il eût été savant, il eût connu la légende du docteur Faust.

À quoi avait conduit Faust la toute-puissance concédée par Méphistophélès, à lui, le rêveur, le penseur, le savant par excellence ?

Au meurtre de Valentin ! Au suicide de Marguerite ! À la poursuite d’Hélène, c’est-à-dire d’une ombre !

D’ailleurs, Thibault pouvait-il rien chercher, rien combiner, dans ce moment où la jalousie lui rongeait le cœur, où il voyait la blanche Agnelette engageant pour toute sa vie, au pied de l’autel, sa foi à un autre que lui !

Et à qui engageait-elle sa foi ?

Au misérable petit Engoulevent, à celui qui l’avait découvert juché sur son arbre et qui avait retrouvé dans le buisson l’épieu qui lui avait valu les coups de courroie appliqués par Marcotte.

Oh ! s’il l’avait su ! Comme il eût désiré que ce fût à lui qu’il arrivât malheur au lieu de Marcotte !

Qu’était-ce que la torture physique que les coups de ceinturon lui avaient fait éprouver, auprès de la torture morale qu’il éprouvait !

Supposez que les désirs d’ambition ne l’eussent pas pris, et, comme des ailes de vautour, ne l’eussent pas enlevé au-dessus de sa sphère : quel bonheur n’eût pas été le sien, à lui, habile ouvrier, pouvant gagner jusqu’à