Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/211

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En trichant ?

Il avait fait ainsi, lui.

Mais qu’avait-il gagné à tricher ?

Chaque fois qu’il avait eu beau jeu, chaque fois qu’il s’était cru sûr du point, c’était le diable qui avait gagné.

Quel bénéfice lui avait rapporté cette fatale puissance qui lui était donnée de faire le mal ?

Aucun.

Agnelette lui avait échappé.

La meunière l’avait chassé.

La baillive l’avait raillé.

Son premier souhait avait causé la mort du pauvre Marcotte et ne lui avait même pas rapporté un cuissot de ce daim qu’il avait ambitionné, et qui avait été le point de départ de ses désirs déçus.

Il avait été obligé de donner ce daim aux chiens du seigneur Jean pour leur faire faire fausse voie sur le loup noir.

Et puis cette multiplication des cheveux diaboliques était effrayante !

Elle rappelait l’exigence de ce savant qui avait demandé un grain de blé multiplié par chacune des soixante-quatre cases de l’échiquier ; il fallait mille ans d’abondantes récoltes pour remplir la dernière case !

Lui, combien de souhaits lui restait-il à faire ? Sept ou huit, tout au plus.

Le malheureux n’osait plus se regarder.

Il n’osait porter ses regards ni dans la fontaine qui dormait au pied d’un arbre dans la forêt, ni dans la glace suspendue à la muraille.

Il craignait de se rendre à lui-même un compte trop exact de la durée de sa puissance.

Il aimait mieux rester dans la nuit que de voir l’aurore terrible qui devait se lever au-delà de cette nuit.