Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/227

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Mais il paraît qu’en héritant le corps de Raoul, il avait en même temps hérité ses qualités physiques, car le cheval ayant voulu, en bête intelligente qu’il était, profiter de l’inhabileté momentanée de son cavalier pour le désarçonner, Thibault, instinctivement rassembla les rênes, serra les genoux, mit les éperons au ventre de sa monture, et lui sangla deux ou trois coups de cravache qui la rappelèrent incontinent à l’ordre.

Thibault, sans s’en douter, était passé maître en équitation.

Cette victoire qu’il venait de remporter sur son cheval l’aida à se rendre compte à lui-même de sa dualité.

Pour le corps, il était des pieds à la tête le baron Raoul de Vauparfond.

Pour l’esprit, il était resté Thibault.

Il était évident que, dans le corps du Thibault évanoui qui était demeuré dans sa cabane, dormait l’esprit du jeune seigneur qui lui prêtait son corps.

Mais cette division qui logeait son esprit dans le corps du baron, et l’esprit du baron dans le corps de Thibault, ne lui laissait qu’une assez vague appréciation de ce qu’il allait avoir à faire.

Il savait bien qu’il allait à Mont-Gobert sur une lettre de la comtesse.

Mais que disait cette lettre ?

À quelle heure était-il attendu ?

Comment pénétrerait-il dans le château ?

C’est ce qu’il ignorait complètement, et, par conséquent, ce qui lui restait à apprendre de point en point.

Alors Thibault eut une idée.

C’est qu’il avait sans doute sur lui la lettre écrite par la comtesse à Raoul.

Il se tâta de tous les côtés, et, en effet, il sentit dans la poche de côté de son habit quelque chose qui semblait avoir la forme de l’objet qu’il cherchait.