Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/230

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du monde, est le geste des gens plongés dans un grand embarras.

Il eut envie d’aller réveiller l’esprit du seigneur de Vauparfond, qui dormait sur son lit dans le corps de Thibault.

Mais, outre que c’était bien du temps perdu, ce moyen extrême avait ses inconvénients.

L’esprit du baron Raoul, en voyant son corps si près de lui, pouvait être pris du désir d’y rentrer.

De là une lutte dans laquelle Thibault ne pouvait se défendre qu’en risquant de se faire grand mal à lui-même.

Il fallait trouver un autre moyen.

Thibault avait souvent entendu vanter la sagacité des animaux, et dans sa vie champêtre avait plus d’une fois eu l’occasion d’admirer leur instinct.

Il résolut de s’en rapporter à celui de son cheval.

Il le ramena dans son chemin, lui tourna la tête du côté de Mont-Gobert et lui lâcha les rênes.

Le cheval partit au galop.

Il était évident qu’il avait compris.

Thibault ne s’inquiéta plus de rien ; le reste était l’affaire de son cheval.

Arrivé au coin du mur du parc, l’animal s’arrêta, non point qu’il parût hésiter sur la route qu’il avait à suivre, mais il dressait les oreilles et paraissait inquiet.

Il avait semblé à Thibault, de son côté, voir deux ombres ; mais, en effet, c’étaient sans doute deux ombres, car il eut beau se dresser sur ses étriers afin de se grandir, et regarder tout autour de lui, il ne vit absolument rien.

Il pensa que c’étaient des braconniers qui cherchaient à s’introduire dans le parc pour lui faire concurrence.

Du moment où personne ne lui disputait la route,