Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/238

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demanda Thibault, qui comprenait bien à l’accent de cette voix que le crime qu’il avait commis n’était point irrémissible.

– Non, monsieur, mais d’être l’âme la plus noire, le cœur le plus perfide qui se puisse cacher sous une enveloppe dorée. Allons, relevez-vous, et venez ici me rendre compte de votre conduite.

Et la comtesse tendit à Thibault une main qui tout à la fois offrait un pardon et demandait un baiser.

Thibault prit la douce main et la baisa.

Jamais ses lèvres n’avaient effleuré pareil satin.

La comtesse indiqua au faux Raoul une place sur la causeuse et s’assit la première.

– Rendez-moi compte un peu de ce que vous avez fait depuis votre dernière visite, lui dit la comtesse.

– Dites-moi d’abord, chère comtesse, fit Thibault, de quelle époque date ma dernière visite ici ?

– Bon ! vous l’avez oublié ! Ah ! par exemple ! on n’avoue pas ces choses-là, à moins que l’on ne vienne chercher une rupture.

– Tout au contraire, chère Jane, cette visite m’est si présente, qu’il me semble que c’est hier, et que j’ai beau me rappeler tous mes souvenirs, je n’ai commis depuis hier d’autre crime que de vous aimer.

– Allons, pas mal ! mais vous ne vous tirerez point d’un mauvais pas avec un compliment.

– Chère comtesse, dit Thibault, si nous remettions à plus tard les explications ?

– Non, répondez d’abord ; il y a cinq jours que je ne vous ai vu : qu’avez-vous fait ?

– J’attends que vous me le disiez, comtesse. Comment voulez-vous que, certain de mon innocence, je m’accuse moi-même ?

– Eh bien, soit ! D’abord, je ne vous parle pas de vos retards dans les corridors.