Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/246

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Il avait jusqu’à neuf heures du soir ; seulement, vivrait-il jusque-là ?

Thibault ne laissait point que d’éprouver une vive inquiétude. S’il mourait auparavant, lequel mourrait de lui ou du baron Raoul ? Il y avait autant à parier pour lui que pour l’autre.

Mais ce qui faisait surtout enrager Thibault, c’est que ce mal lui arrivait encore par sa faute.

Il se rappelait qu’avant de souhaiter d’être le baron pour vingt-quatre heures, il avait, ou à peu près, prononcé ces paroles :

« Je rirais bien, Raoul, si le comte de Mont-Gobert te surprenait ; il n’en serait point là comme il en a été hier chez le bailli Magloire, et il y aurait des coups d’épée donnés et reçus. »

Le premier désir de Thibault, on le voit, s’était aussi fidèlement accompli que le second ; et il y avait eu, en effet, des coups d’épée donnés et reçus.

Thibault parvint, après des efforts inouïs et des douleurs atroces, à se mettre sur un genou.

Dans cette position, il aperçut, suivant un chemin creux, des gens qui s’en allaient au marché de Villers-Cotterêts.

Il tenta d’appeler.

Mais le sang lui vint à la bouche et l’étouffa.

Il mit son chapeau au bout de son couteau de chasse et fit des signes comme un naufragé.

Mais les forces lui manquèrent de nouveau, et il retomba sans connaissance sur la terre.

Cependant, au bout de quelque temps, il lui sembla que le sentiment renaissait en lui.

Il lui parut que son corps éprouvait une espèce de balancement pareil à celui que l’on ressent dans un bateau.

Il ouvrit les yeux.