Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/278

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Comme si Thibault leur eût donné rendez-vous en cet endroit, des loups formaient un vaste cercle autour de ces ruines, qu’ils contemplaient avec une morne expression de fureur ; ils semblaient comprendre qu’en détruisant cette pauvre cabane, faite de branches et de terre, on s’était attaqué à celui que le pacte fait avec le loup noir leur avait donné pour maître.

Lorsque Thibault entra dans le cercle, tous les loups poussèrent en même temps un long et sinistre hurlement, comme s’ils eussent voulu lui faire comprendre qu’ils étaient prêts à seconder sa vengeance.

Thibault alla s’asseoir à la place où avait été le foyer.

On reconnaissait cette place à quelques pierres noircies, mais intactes, et aux cendres qui étaient plus hautes en cet endroit.

Il y resta quelques minutes, absorbé dans une douloureuse contemplation.

Il ne réfléchit pas que le désastre qu’il avait sous les yeux était la conséquence et le châtiment de ses désirs envieux, toujours croissants et grandissants. Il ne ressentit ni repentir ni regret. La satisfaction qu’il éprouvait de se voir désormais en mesure de rendre aux hommes le mal pour le mal, l’orgueil de pouvoir lutter, grâce à ses terribles auxiliaires, avec ceux qui le persécutaient, dominèrent en lui tout autre sentiment.

Et, comme les loups hurlaient lamentablement :

– Oui, mes amis, dit Thibault, oui, vos hurlements s’accordent avec le cri de mon cœur… Les hommes ont détruit ma chaumière, ils ont jeté au vent la cendre des outils avec lesquels je gagnais mon pain ; leur haine me poursuit comme vous ; je n’ai à attendre d’eux ni merci ni miséricorde. Nous sommes leurs ennemis comme ils sont les nôtres : je n’aurai pour eux ni merci ni compassion. Venez donc, et, de la chaumière au