Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/292

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pas plus maître dans son royaume que je ne le suis ici ?

– Que voulez-vous dire, Thibault ?

– Je veux dire qu’après avoir prié, supplié, imploré, je puis passer à la menace.

– Vous, menacer ?

– Je veux dire, continua Thibault sans écouter Agnelette, qu’à chaque parole que tu prononces, tu irrites à la fois mon amour pour toi et ma haine pour lui ; je veux dire enfin qu’il est imprudent à la brebis d’irriter le loup quand la brebis est au pouvoir du loup.

– En prenant ce sentier, je vous l’ai dit, Thibault, j’étais sans crainte en vous voyant. Après être revenue à moi, en songeant involontairement à ce qu’on raconte de vous, j’ai ressenti un moment de terreur. Mais vous aurez beau faire à présent, Thibault, vous ne me ferez pas pâlir.

Thibault se prit la tête à pleines mains.

– Ne parlez pas ainsi, dit-il, car vous ne savez pas ce que le démon me souffle à l’oreille, et ce qu’il me faut de force pour résister à sa voix.

– Vous pouvez me tuer, répondit Agnelette, mais je ne commettrai point la lâcheté que vous me demandez ; vous pouvez me tuer, mais je resterai fidèle à celui que j’ai pris pour époux ; vous pouvez me tuer, mais, en mourant, je prierai Dieu qu’il l’assiste.

– Ne prononcez pas ce nom, Agnelette ; ne me faites pas songer à cet homme.

– Menacez-moi tant que vous voulez, Thibault, puisque je suis entre vos mains : mais lui est loin de vous, par bonheur, et vous n’avez aucun pouvoir sur lui.

– Qui te dit cela, Agnelette, qui te dit que, grâce au pouvoir infernal que je possède et auquel je résiste à peine, je ne puis pas frapper de loin comme de près ?

– Et, quand je serais veuve, Thibault, me croyez-