Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/298

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Ils arrivèrent en discutant, et chacun soutenant son dire, jusqu’à cent pas des premières haies.

Pour combattre, autant que possible, les incursions soudaines et inattendues que Thibault faisait dans les villages, les paysans avaient établi des espèces de patrouilles nocturnes et se gardaient comme on se garde en temps de guerre.

Étienne et Agnelette étaient si préoccupés de leur discussion, qu’ils n’entendirent pas le qui-vive de la sentinelle embusquée derrière la haie, et qu’ils continuèrent de s’avancer vers le village.

La sentinelle, apercevant dans l’ombre une apparence à laquelle sa préoccupation prêtait une forme monstrueuse et qui, ne répondant point à son qui-vive, continuait de s’avancer vers lui, prépara son fusil.

En levant les yeux, le jeune piqueur aperçut tout à coup la sentinelle à la lumière de la lune qui, pareille à un éclair, se reflétait sur le canon du fusil.

Tout en répondant ami, il se jeta au-devant d’Agnelette, l’enlaçant de ses bras et lui faisant un rempart de son corps.

Mais le coup de feu partit au même instant, et le malheureux Étienne, poussant un soupir, tomba sur celle qu’il étreignait, sans faire entendre une seule plainte.

La balle lui avait traversé le cœur.

Lorsque les gens de Préciamont, avertis par le bruit du coup de feu, arrivèrent sur le sentier qui conduit du village à la forêt, ils trouvèrent Engoulevent mort et Agnelette étendue sans connaissance sur le cadavre de son mari.

On transporta la pauvre Agnelette dans la cabane de sa grand-mère.

Mais elle ne revint à elle que pour tomber dans un désespoir qui touchait au délire.

Lorsqu’elle fut sortie de la torpeur des premiers