Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/297

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venir le seigneur Jean du lieu où Agnelette avait rencontré le meneur de loups.

Il n’y avait pas trop du reste de la nuit pour changer les dispositions de la battue.

Cependant, en approchant de Préciamont, Agnelette, qui avait gardé le silence un instant, jugea sans doute que, pendant cet instant, elle avait amassé un nombre suffisant de bonnes raisons, car elle reprit ses sollicitations avec plus d’ardeur que jamais.

Elle représenta à Étienne que Thibault, tout loup-garou qu’il était, avant de lui faire aucun mal, lui avait sauvé la vie ; qu’au lieu d’abuser de sa force, quand il la tenait en sa puissance, il lui avait donné la liberté de venir rejoindre son mari. Dire où était Thibault après cela, dénoncer sa retraite à son ennemi mortel, le seigneur Jean, ce n’était plus accomplir un devoir, c’était ourdir une trahison : c’était vouloir que Thibault, qui ne pouvait manquer d’être instruit de cette trahison, ne fît plus désormais grâce à personne en pareille circonstance.

La jeune femme plaidait la cause de Thibault avec une véritable éloquence. Mais, en épousant Engoulevent, elle ne lui avait pas plus fait mystère de ses premiers engagements avec le sabotier que de ce qui s’était passé dans leur dernière entrevue.

Quelle que fût la confiance qu’il eût dans sa femme Engoulevent n’en était pas moins accessible à la jalousie.

D’ailleurs, il existait une vieille haine entre lui et Thibault, haine qui avait pris naissance le jour où Engoulevent avait déniché le sabotier sur un arbre et l’épieu du sabotier dans le buisson voisin.

Aussi tint-il bon et continua-t-il, tout en écoutant les prières d’Agnelette, à se diriger vivement vers Préciamont.