Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/302

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XXIII

l’anniversaire


Lorsque Thibault n’entendit plus retentir derrière lui les cris furieux des paysans, il suspendit la rapidité de sa course.

Puis, enfin, la forêt étant retombée dans son silence habituel, il s’arrêta et s’assit sur un monceau de pierre.

Il était si troublé, qu’il ne reconnut l’endroit où il se trouvait qu’en remarquant que ces pierres portaient de larges taches noires, comme si elles avaient été léchées par le feu.

Ces pierres étaient celles de son foyer.

Le hasard l’avait conduit à l’endroit où avait été la cabane qu’il habitait quelques mois auparavant.

Le sabotier compara sans doute avec amertume ce passé si calme avec le présent si terrible, car de grosses larmes, roulant le long de ses joues, vinrent tomber sur les cendres qu’il foulait à ses pieds.

Il entendit minuit qui sonnait à l’église d’Oigny, puis successivement aux horloges des églises voisines.

C’était l’heure où le prêtre écoutait les dernières prières d’Agnelette mourante.

– Oh ! maudit soit, s’écria Thibault, le jour où j’ai souhaité autre chose que ce que le Bon Dieu avait mis à la portée de la main d’un pauvre ouvrier ! Maudit soit le jour où le loup noir m’a vendu la puissance de faire le mal, puisque le mal que j’ai fait, au lieu d’ajouter à mon bonheur, l’a détruit à tout jamais !

Un éclat de rire retentit derrière Thibault.

Il se retourna et vit le loup noir lui-même, qui se