Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/42

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treizième siècle, sombre et sévère, à laquelle, extérieurement du moins, la succession des années n’avait rien ôté de sa formidable physionomie. Il est vrai que la sentinelle, au pas mesuré et au casque resplendissant, ne se promenait plus sur ses remparts ; il est vrai que l’archer au cor aigu ne veillait plus dans sa tour ; il est vrai que deux hommes d’armes ne se tenaient plus à la poterne, prêts, au moindre signal d’alarme, à baisser la herse et à lever le pont. Mais la solitude même de l’édifice, au centre duquel la vie semblait s’être retirée, donnait au sombre géant de granit, la nuit surtout, la terrifiante majesté des choses muettes et immobiles.

Ce n’était cependant pas un méchant homme que le châtelain de cette vieille forteresse, et, comme disaient les gens qui, le connaissant plus à fond que le vulgaire, lui rendaient mieux justice, il faisait plus de bruit que de besogne et plus peur que de mal, aux chrétiens, bien entendu.

Car, pour les animaux des forêts, c’était un ennemi déclaré, implacable, mortel.

Il était grand louvetier de monseigneur Louis-Philippe d’Orléans, quatrième du nom ; charge qui lui permettait de satisfaire la passion désordonnée qu’il avait pour la chasse.

Sur toutes choses, quoique ce ne fût point facile, il était encore possible de faire entendre raison au baron Jean ; mais, sur la chasse, quand le digne seigneur s’était chaussé une idée dans la tête, il fallait qu’il en eût le cœur net et qu’il arrivât à son but.

Il avait épousé, disait-on, une fille naturelle du prince ; ce qui lui donnait, avec son titre de grand louvetier, un pouvoir presque absolu dans les domaines de son illustre beau-père, pouvoir que personne n’osait lui contester, surtout depuis que monseigneur le duc d’Orléans s’étant, en 1773, remarié