Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/43

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avec madame de Montesson, avait à peu près abandonné son château de Villers-Cotterêts pour sa délicieuse maison de Bagnolet, où il recevait les beaux esprits du temps et jouait la comédie.

Aussi était-il bien rare que, chaque jour que le Bon Dieu faisait, soit que le soleil réjouît la terre, soit que la pluie l’attristât, soit que l’hiver couvrît les champs de son blanc linceul, soit que le printemps déroulât sur les prés son vert tapis, aussi était-il bien rare de ne pas voir, entre huit et neuf heures du matin, s’ouvrir à deux battants la grande porte du château et sortir, par cette porte, d’abord le baron Jean, puis son premier piqueur Marcotte, puis les autres piqueurs, puis les chiens couplés et menés en laisse par les valets de chiens, et surveillés par maître Engoulevent, aspirant piqueur, lequel, pareil au bourreau allemand, qui marche seul après la noblesse et avant la bourgeoisie, comme étant le dernier des nobles et le premier des bourgeois, marchait immédiatement après les piqueurs et avant les valets de chiens, comme étant le premier des valets de chiens et le dernier des piqueurs.

Tout cela défilait en grand équipage, chevaux anglais, chiens français : douze chevaux, quarante chiens.

Commençons par dire qu’avec ces douze chevaux et ces quarante chiens, le baron Jean chassait toutes bêtes.

Mais, sans doute pour faire honneur à son titre, c’était principalement le loup qu’il chassait. Ce qui prouvera aux vrais veneurs combien il était sûr du nez et du fond de ses chiens, c’est qu’après le loup il donnait rang au sanglier ; après le sanglier venait le cerf, puis le daim, puis le chevreuil. Enfin, lorsque les valets de limiers avaient fait buisson creux, il découplait