Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/70

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– Oh ! de grand cœur ! s’écria la jeune fille. Racheter pour un baiser la vie d’un homme ! Je suis sûre que M. le curé lui-même dirait que ce n’est point pécher.

Et, sans attendre que le seigneur Jean se baissât pour prendre lui-même ce qu’il sollicitait, elle jeta son sabot loin d’elle, appuya son pied mignon sur l’extrémité de la botte du louvetier, prit en main la crinière du cheval, fit un effort, et, s’élevant à la hauteur du visage du rude veneur, elle présenta d’elle-même à ses lèvres ses joues rondes, fraîches et veloutées comme le duvet de la pêche au mois d’août.

Le seigneur Jean était convenu d’un baiser, mais il en prit deux ; puis, fidèle observateur de la foi jurée, il fit signe à Marcotte de suspendre l’exécution.

Marcotte comptait scrupuleusement les coups : le douzième était en l’air lorsqu’il reçut l’ordre de s’arrêter. Il ne jugea point à propos de le retenir ; peut-être même pensa-t-il qu’il serait convenable de lui donner la valeur de deux horions ordinaires, afin de faire bonne mesure et de donner le treizième ; toujours est-il que celui-là sillonna plus rudement encore que les autres les épaules de Thibault.

Il est vrai qu’on le détacha immédiatement après. Pendant ce temps, le baron Jean causait avec la jeune fille.

– Comment te nomme-t-on, ma mignonne ?

– Georgine Agnelet, monseigneur, du nom de ma mère : mais les gens du pays se contentent de m’appeler Agnelette.

– Diable ! voici un mauvais nom, mon enfant, dit le baron.

– Pourquoi cela, monseigneur ? demanda la jeune fille.