Page:Dumas - Le Meneur de loups (1868).djvu/71

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– Parce qu’il te promet au loup, la belle. Et de quel pays es-tu, Agnelette ?

– Je suis de Préciamont, monseigneur.

– Et tu viens ainsi seule en forêt, mon enfant ? C’est bien hardi pour une agnelette.

– Il le faut bien, monseigneur. Nous avons trois chèvres qui nous nourrissent, ma mère et moi.

– Alors tu viens à l’herbe pour les chèvres ?

– Oui, monseigneur.

– Et tu n’as pas peur ainsi, toute seule, jeune et jolie comme tu es ?

– Quelquefois, monseigneur, je ne puis m’empêcher de trembler.

– Et pourquoi trembles-tu ?

– Dame ! monseigneur, on raconte aux soirées d’hiver tant d’histoires de loups-garous, que, lorsque je me vois perdue au milieu des arbres, lorsque je n’entends plus que le vent de l’ouest qui fait craquer leurs branches, il me court une espèce de frisson le long du corps, et je sens mes cheveux qui se roidissent. Lorsque j’entends le bruit de votre trompe ou les cris de vos chiens, je suis tout de suite rassurée.

Cette réponse plut énormément au baron Jean, qui reprit, en caressant complaisamment sa barbe :

– Il est vrai que nous leur faisons une assez rude guerre, à messieurs les loups ; mais, par la mort-Dieu, ma belle, il est un moyen de t’épargner désormais ces inquiétudes.

– Lequel, monseigneur ?

– Viens-t’en à l’avenir au château de Vez : jamais loup, garou ou non garou, n’en a franchi le fossé ni la poterne, autrement que pendu par une hart à une perche de coudrier.

Agnelette secoua la tête.

– Non, tu ne veux pas ? Et pourquoi refuses-tu ?