Page:Dunant - Un souvenir de Solférino, 1862.djvu/113

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La vue de ces jeunes invalides, privés d’un bras ou d’une jambe, et qui rentrent tristement dans leurs foyers, ne doit-elle pas faire naître comme un remords ou un regret, pour n’avoir pas tenté de prévenir les conséquences funestes de blessures, qui auraient pu être guéries par des secours efficaces, envoyés et donnés à propos ? Et ces mourants, délaissés dans les ambulances de Castiglione ou dans les hôpitaux de Brescia, et dont plusieurs ne pouvaient point du tout se faire comprendre dans leur langue, auraient-ils rendu le dernier soupir en maudissant et en blasphémant, s’ils avaient eu auprès d’eux quelqu’un pour les comprendre, les écouter et les consoler ?[1] Peut-on penser que, malgré tout le zèle des villes de la Lombardie et celui des habitants de Brescia, il ne soit pas resté immensément à faire ? — Dans aucune guerre, et dans aucun siècle, on n’avait vu un si grand empressement et un si beau déploiement de charité, et pourtant ce dévouement, si général et si remarquable, a été tout à fait insuffisant et sans aucune proportion avec l’étendue des maux à secourir ; d’ailleurs il ne s’adressait qu’aux blessés de l’armée alliée, et nullement aux malheureux Autrichiens : c’était la reconnaissance d’un peuple qu’on arrache à l’oppression, qui avait produit ce délire momentané d’enthousiasme et de sympathie ! — Il y eut, il est vrai, en Italie bien des femmes courageuses dont la patience

  1. Pendant la guerre d’Italie, il y eut même des soldats qui furent saisis par le mal du pays à un tel degré que sans autre maladie, et sans aucune blessure, ils en moururent.