Page:Dupeuty, Bourget - Les deux Pêcheurs.djvu/4

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ENSEMBLE.
GROS-MINET.
Bom bi di bom, bom bi di bom, bom bi di bi di bom, bi di bom,
––––––––––L’a rendu fou,
Bom bi di bom, bom bi di bom, bom bi di bi di bom, bi di bom,
––––––––––L’a rendu fou,
––––Bi di bi di bom bom, bi di bi di bom,
––––––––––Il est fou.
POLISSARD.
Bom bi di bom, bom bi di bom, bom bi di bi di bom, bi di bom,
––––––––––M’a rendu fou,
Bom bi di bom, bom bi di bom, bom bi di bi di bom, bi di bom,
––––––––––M’a rendu fou (bis).
DEUXIÈME COUPLET
––––Vrai, la Géante, auprès d’ell’n’était guère
––––––––––Que d’la Saint-Jean ;
––––On la montrait, à la fête d’Asnière,
––––––––––Pour de l’argent ;
––––Elle relevait sa dentelle d’Allemagne
––––––––––Jusqu’au genou !
––––Le vin qui mousse à travers la Champagne
––––––––––Me rendra fou !
ENSEMBLE.
––––Bom bi di bom, bom bi di bom, etc.
TROISIÈME COUPLET.
––––Pleurez, pleurez : ma tendre Alexandrigne,
––––––––––Un beau matin,
––––Me vola tout, mes hameçons et ma ligne,
––––––––––Jusqu’à mon crin ;
––––Et, pour aller faire un’partie de campagne,
––––––––––Mit tout au clou.
––––Le vin qui mousse à travers la Champagne
––––––––––Me rendra fou !
ENSEMBLE.
––––Bom bi di bom, bom bi di bom, etc.
POLISSARD, examinant la ligne de Gros-Minet.

Tiens, vous péchez aussi, vous, vieux filou ?

GROS-MINET.

Oui, quand je peux ; mais ne cassez rien.

POLISSARD.

N’ayez pas peur ; je suis très-doux, très-bon enfant… à preuve, je vais vous dire, comme pêcheur, un grand secret pour amorcer. Je l’ai lu dans Bibitellus, auteur latin, livre 3, chapitre 17, de Gardonis anguillibus et carpibus

GROS-MINET.

Je vous écoute de toutes mes oreillibus.

POLISSARD.

Vous prenez un homme…

GROS-MINET.

Un homme !

POLISSARD.

Oui, un homme entre deux âges, un gros pli potelé, comme vous.

GROS-MINET.

Hein ?

POLISSARD, lui défaisant peu à peu sa cravate.

Vous le débarrassez de ses vêtements.

GROS-MINET.

Ah ! vous croyez comme ça… que… dans certaines circonstances…

POLISSARD, lui déboutonnant son gilet, que Gros-Minet remet pendant la réplique.

Quand il est complètement nu vous lui attachez une pierre au cou, une grosse pierre ; vous le balancez doucement sur la plaine liquide, et vous le déposez voluptueusement pendant quarante-huit heures dans le sein d’Amphitrite.

GROS-MINET, s’efforçant de rire.

Eh ! eh ! eh !… (Sérieusement.) Je la trouve bête.

POLISSARD, avec force.

Allons, déshabillez-vous !

GROS-MINET.

Minute ! minute ! j’ai affaire chez moi… j’ai des choux à repiquer. (Il se sauve).


Scène IV

POLISSARD, chantant sar l’air : Hélas ! elle a fui comme une ombre.
–– « Il se la casse… il se la brise, talala… »

Merci, vieux baleinier, à moi le champ de bataille… je peux attendre le signal du foulard qui doit paraître au lever du soleil !… Ah ! le burgrave a laissé sa ligne toute tendue, abusons de sa confiance et de son amorce… tiens ! on dirait que le bouchon remue… ah ! ça, mais ça mord donc quelquefois ? ça n’est donc pas un bruit que font courir les martins pêcheurs ? (Il guette.)


Scène V

GROS-MINET, POLISSARD.
GROS-MINET, rentrant, à part.

Ah ! il y est… Ma nièce m’a tout avoué… ce faux insensé qui la poursuit, c’est Polissard, c’est le débiteur que je poursuis moi-même… oh ! douce et fructueuse vengeance !

POLISSARD, se relevant et courant à lui.

Couic !

GROS-MINET.

Trop tard le couic ! vous n’êtes pas plus fou que moi… faux fleuve ! quittez ces attributs, faux Scamandre, je m’appelle Gros-Minet et voilà mon domicile, là-bas, la maison derrière les peupliers.

POLISSARD, à part.

Malédiction ! c’est mon tyran aux volets verts… et ce n’est qu’au soleil levant que ma Léda doit me faire signe… si je pouvais le retenir jusqu’à l’apparition du blond Phœbus.

GROS-MINET, à part.

Impossible de l’arquepincer sans l’intervention de l’astre du jour… si je pouvais gagner quelques minutes, je serais dans la légalité.

POLISSARD.

Voyons, monsieur Gros matou…

GROS-MINET.

Gros-Minet, monsieur !

POLISSARD.

Oui, mon gros chat, expliquons-nous tranquillement.

GROS-MINET.

C’est ça ; tranquillement, tout en pêchant ensemble, comme deux frères.

POLISSARD.

C’est ça… (Chantant.) « Martins pêcheurs, peuple de frères !… »

GROS-MINET.

Tel que vous me voyez, j’ai l’air féroce… eh bien, non, je suis bon que j’en suis bête !… croyez-vous que mon bonheur, c’est de deviner des charades, des rébus ; je devine tout, monsieur, tout, tout, tout ! un esprit de chien !

POLISSARD, à part.

Qué chance de tomber sur un azor pareil !

GROS-MINET.

Cependant, il y en a un qui me trotte dans la tête depuis sept ans… (Il va à ses lignes, puis poussant un cri.) Ah !