Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/17

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d’État aux Affaires étrangères ; M. de Jugow, ont toujours soutenu qu’ils avaient totalement ignoré les exigences autrichiennes avant qu’elles fussent communiquées à Belgrade et que, s’ils les approuvaient sans réserve, ils ne sauraient pourtant en être rendus responsables.

Mais ces affirmations réitérées ne rencontrèrent généralement que scepticisme et incrédulité. On trouvait bien surprenant que l’Allemagne pût soutenir, avec l’énergie que nous verrons, les prétentions autrichiennes, si elle en avait ignoré la portée[1]. Il paraissait aussi invraisemblable que M. de Tschirsky, l’ambassadeur allemand à Vienne, anti-serbe et anti-russe notoire, acquis par avance aux résolutions violentes, eût été tenu dans l’ignorance de ce qui se tramait. En fait, Sir M. de Bunsen déclare savoir, « d’une source privée, que l’ambassadeur allemand connaissait le texte de l’ultimatum autrichien à la Serbie avant qu’il n’eût été expédié, et qu’il l’a télégraphié à l’empereur allemand »[2].

Nous avons, d’ailleurs, aujourd’hui tout un ensemble de témoignages qui confirment cette présomption.

Il existe en Allemagne une mesure préparatoire à la mobilisation qui consiste à prévenir les hommes et les officiers de la réserve de se tenir prêts à un appel qui pourrait être prochain. C’est, suivant l’expression de M. Cambon, « un garde à vous général » auquel on recourt aux époques de tension. Cet avertissement avait été lancé en 1911 au cours des négociations relatives au Maroc[3]. Or, dès le 21 juillet 1914, M. Cambon apprenait que cet avis préalable de mobilisation avait été adressé « aux classes qui doivent le recevoir en pareil cas[4] ». C’est juste à ce moment que l’Autriche s’appliquait à rassurer l’Europe. Il faut croire que l’Allemagne, elle, était informée de ce qui se préparait.

Vers la même époque (23 juillet), le président du Conseil de Bavière, s’entretenant de l’incident austro-serbe avec notre ministre à Munich, fut amené à lui dire qu’il « avait connais-

  1. L. J., n° 30.
  2. Cor. B., n° 95.
  3. L. J., n° 5.
  4. L. J., n° 15.