Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/21

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


dable »[1]. L’Italie elle-même, bien qu’alliée de l’Autriche et de l’Allemagne, fit savoir « qu’elle n’aurait vraisemblablement pas approuvé la note autrichienne » si elle lui avait été communiquée avant d’être publiée, et elle déclina « toute responsabilité de la grave initiative prise par l’Autriche »[2]. Dans ces conditions, si la Russie avait réellement voulu la guerre, comme l’Allemagne l’en a plus tard accusée, il lui était facile d’arriver à son but : elle n’avait qu’à laisser les événements suivre leur cours. Tout au contraire, M. Sazonoff annonça aussitôt qu’il était résolu à tout tenter pour arrêter le conflit. « Il faut éviter, dit-il à M. Paléologue, ambassadeur de France à Pétersbourg, tout ce qui pourrait précipiter la crise. J’estime que, même si le gouvernement austro-hongrois passait à l’action contre la Serbie, nous ne devrions pas rompre les négociations »[3]. Ses actes répondirent à ses paroles et non seulement la France, mais l’Angleterre et l’Italie s’associèrent à ses efforts.

L’Allemagne, par la bouche de son ambassadeur à Londres, avait, dès le premier abord demandé à l’Angleterre d’agir à Snint-Pétersbonrg pour y conseiller l’abstention, c’est-à-dire, en somme, pour y défendre le point de vue allemand. Sir Ed. Grey répondit que les termes de l’ultimatum ne lui permettaient pas de tenir un semblable langage ; car le Gouvernement russe était fondé à trouver inadmissibles les prétentions autrichiennes[4]. Mais il proposa que les grandes Puissances s’entendissent pour exercer conjointement une action modératrice et sur Vienne et sur Pétersbourg. Pour cela, le concours de l’Allemagne était naturellement indispensable. Il fut demandé, mais catégoriquement refusé. Le Gouvernement allemand répondit qu’il ne pouvait « s’immis-

  1. Cor. B., n° 5.
  2. L. J. n° 56.
  3. L. J., n° 38.
  4. On lit, cependant, dans la Préface du Livre Blanc, que les gouvernements français et anglais avaient, tous deux, promis d’agir dans le même sens que le Gouvernement allemand » (p. 6). On est déconcerté en voyant énoncer avec autant de sérénité une affirmation manifestement contraire à la vérité. Jamais ni l’Angleterre ni la France n’ont admis que la Russie devait rester à l’écart.