Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/36

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effet, le 29 au matin, M. de Schoen venait informer M. Bienvenu-Martin, à titre officieux il est vrai, que le Gouvernement allemand poursuivait ses efforts en vue d’amener le gouvernement autrichien à s’expliquer sur le but et l’extension des opérations qu’il projetait en Serbie. « Le cabinet de Berlin, ajoutait-il, espère recevoir des précisions qui seraient de nature à donner satisfaction à la Russie… Quand on saura jusqu’où l’Autriche veut aller, on aura une base de discussion[1] ». La même communication était faite à Saint-Pétersbourg[2] et à Londres[3]. Le 30, le Chancelier allemand disait à Sir E. Goschen qu’il « pressait le bouton » afin de mettre en marche le mécanisme de la médiation : il se demandait même s’il n’avait pas eu le tort d’aller trop loin en prêchant à Vienne la modération, et si son insistance ne risquait pas de précipiter les événements[4].

Ces bonnes paroles, quoiqu’un peu vagues, pouvaient paraître rassurantes. Malheureusement, ni dans les documents diplomatiques ni dans la marche des événements, on n’aperçoit aucune trace de l’action modératrice que l’Allemagne prétendait être en train d’exercer, presque avec excès.

Le Gouvernement allemand a publié un Livre Blanc exclusivement destiné à établir qu’il n’est pas responsable de la guerre, qu’il a fait, en faveur de la paix, tout ce qui était humainement possible. La meilleure manière de prouver sa thèse eût été de publier les dépêches dans lesquelles il donnait à son ambassadeur à Vienne, M. de Tschirsky, ces instructions pacifiques. Or, sur les vingt-sept pièces que comprend le Livre Blanc, il n’en est pas une seule qui ait cet objet. Nulle part, il n’y est question d’une action à exercer sur le Gouvernement autrichien pour l’engager à modérer son intransigeance. On y voit bien le Chancelier allemand, dans un télégramme du 27 juillet, transmettre à Vienne, mais sans les appuyer d’aucune manière, la proposition de M. Sazonoff et celle de Sir Ed. Grey dont il a été question précé-

  1. L. J., n° 94.
  2. Cor. B., n° 93, 2e annexe.
  3. Cor. B., n° 84.
  4. Cor. B., n° 107.