Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/37

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demment ; puis on trouve une dépêche, datée du 28, où M. de Tschifsky répond que le comte Berchtold les décline comme trop tardives, la guerre contre la Serbie étant déclarée ; et c’est tout. Sans doute, un recueil diplomatique ne comprend généralement que des pièces choisies. Mais il serait surprenant que la Chancellerie allemande eût précisément omis celles qu’elle avait le plus d’intérêt à publier.

À défaut d’instructions écrites, les dispositions pacifiques de l’Allemagne se sont-elles manifestées par des actes ?

Puisque l’Autriche avait radicalement repoussé les pourparlers directs avec la Russie, il n’y avait plus qu’un moyen d’aboutir : il fallait revenir au projet anglais et faire intervenir simultanément, sous la forme d’une conférence ou de toute autre manière, les quatre Puissances désintéressées. Les circonstances semblaient favorables. Maintenant que, par le bombardement de Belgrade, l’Autriche avait obtenu comme une première satisfaction, elle serait peut-être moins réfractaire à l’idée de soumettre son litige à l’Europe. D’autre part, les concessions nouvelles que la Serbie se disait prête à faire (v. plus haut p. 27) pouvaient rendre un arrangement plus facile[1]. Aussi M. Sazonoff demanda-t-il instamment qu’on reprît la proposition anglaise[2].

Sir Ed. Grey en parle donc de nouveau au prince Lichnowsky ; mais celui-ci y oppose le même refus qu’auparavant, et en le justifiant par les mêmes raisons. Il lui paraît inadmissible que l’Autriche soit traduite devant un tribunal européen. Mais Sir Ed. Grey insiste. L’Allemagne a accepté le principe d’une médiation. Si donc les mots de « conférence » et d’« arbitrage » l’effraient, c’est à elle qu’il appartient de dire sous quelle forme elle conçoit possible cette médiation qu’elle juge elle-même nécessaire. La formule qu’elle proposera, quelle qu’elle soit, sera agréée avec gratitude, si elle permet de maintenir la paix[3]. L’Allemagne était ainsi obligée de renoncer aux généralités vagues dans lesquelles elle

  1. Cor. B., n° 90.
  2. L. O., n° 48.
  3. L. J., n° 98 ; Cor. B., n° 84.