Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/55

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serait donc la Russie qui, en fait, aurait pris l’initiative de la guerre. Bien entendu, cette accusation qu’aucune preuve n’accompagnait, qu’ignorait totalement la note officielle remise à M. Sazonoff, était forgée de toutes pièces. Le Gouvernement autrichien la reprit pourtant à son compte quand, cinq jours plus tard, il se décida enfin à suivre l’exemple de son alliée et à déclarer la guerre à la Russie[1]. Lui aussi prétendit que la Russie avait ouvert les hostilités. La diversité même des prétextes allégués suffit à prouver que la cause déterminante de la guerre était ailleurs.

On se demandera comment le Gouvernement allemand qui, le 20 juillet, ajournait son projet d’ultimatum parce qu’il craignait l’intervention anglaise, a pu, trois jours plus tard, passer outre à cette crainte. Ce n’est pas cependant que l’Angleterre ait changé d’altitude. Tout au contraire, le 30 juillet, Sir Ed. Grey télégraphiait à Sir E. Goschen pour lui confirmer que le marché, proposé la veille par le Chancelier en échange de la neutralité britannique, « ne saurait être accueilli un seul instant. Ce serait, disait-il, une honte pour nous de passer ce marché avec l’Allemagne aux dépens de la France, une honte dont la bonne renommée de ce pays ne se remettrait jamais »[2]. Le 1er août, comme le prince Lichnowsky s’efforçait à nouveau d’obtenir des assurances formelles de neutralité en faisant entrevoir « que l’Allemagne pourrait garantir l’intégrité de la France et de ses colonies », Sir Ed. Grey ne se laissa pas toucher par cette surenchère et maintint sa résolution de ne prendre aucun engagement[3].

Seulement, on ne prit pas ses paroles à la lettre. On ne crut pas que le Gouvernement anglais se reconnaîtrait des obligations, au moins morales, envers la France, mais on pensa, sans doute, qu’il voulait seulement garder les mains libres pour agir suivant les circonstances. Et comme Sir Ed. Grey répétait sans cesse que son attitude dépendrait avant tout de l’opinion publique, on se préoccupa de ménager

  1. L. O., n° 79.
  2. Cor. B., n° 101.
  3. Cor. B., n° 123.