Page:Durkheim - Qui a voulu la guerre ?.djvu/54

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l’Autriche et de son ultimatum. L’Allemagne et la Russie restent seules face à face.

C’est le 1er août à midi qu’expirait l’ultimatum. La Russie jugea naturellement contraire à sa dignité de répondre, dans les limites de temps qui lui avaient été prescrites, à une injonction aussi hautaine. Cependant, l’Empereur Nicolas ne voulut pas laisser déclarer la guerre sans avoir fait, pour la paix, un nouvel et dernier effort. À peine le délai fixé était-il écoulé que, le 1er août à 2 heures de l’après-midi, il adressa à l’Empereur Guillaume le télégramme suivant : « Je conçois que tu sois obligé de mobiliser ; mais je voudrais avoir de toi la même garantie que je t’ai donnée[1], à savoir que ces mesures ne signifient pas la guerre et que nous poursuivrons nos négociations pour le bien de nos deux pays et la paix générale, si chère à nos cœurs. Notre longue amitié éprouvée doit, avec l’aide de Dieu, réussir à empêcher une effusion de sang. Je t’en prie d’une manière instante, et j’attends en pleine confiance une réponse de toi »[2]. C’était indiquer nettement qu’il restait ouvert à tout projet de conciliation. Mais, le même jour, l’Empereur Guillaume repoussait, avec hauteur, cette proposition. « Une réponse immédiate, télégraphiait-il, claire et non équivoque, de ton Gouvernement est le seul moyen de conjurer une calamité infinie. Jusqu’à ce que je reçoive cette réponse, il m’est impossible, à mon vif regret, d’aborder le sujet de ton télégramme ». La fin de non recevoir était brutale.

Le soir même, à 7 h. 10, la guerre était officiellement déclarée par l’Allemagne à la Russie. Dans la note que M. de Pourtalès remit, à cet effet, à M. Sazonoff, le seul grief invoqué était le refus de répondre à l’ultimatum allemand[3]. Il est curieux de noter que, en annonçant le lendemain la nouvelle à Sir E. Goschen, M. de Jagow crût devoir la justifier autrement[4]. Des troupes russes auraient franchi la frontière ; ce

  1. Cette garantie avait été donnée par le Tzar dans un télégramme du 31.
  2. L. B., Préf., p. 13.
  3. L. O., n° 76.
  4. Cor. B., n° 144.