Page:E. Feydeau - Souvenirs d’une cocodette, 1878.djvu/237

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
159
D’UNE COCODETTE


naturellement, la meilleure faiseuse de Paris. Or, comme une sorte de liaison familière, et même affectueuse, ne tarde jamais à s’établir entre une femme et l’ouvrière qui l’habille, ma couturière m’adorait, ne cessait de me dire que « je lui faisais le plus grand honneur, que j’étais la meilleure des réclames pour elle, et qu’elle me devait sa fortune. » Bref, je me croyais sûre de n’être jamais-tourmentée de ce côté. Si je trouvais cent mille francs, je pouvais donc les appliquer en entier aux dettes de mon ménage, et, en faisant des économies, cherchant une occupation lucrative pour mon mari, nous pouvions parvenir à nous tirer d’affaire. Oui, mais… cet homme !…

Ici, je ne puis rien traduire des sentiments qui m’agitaient. Toutes les femmes les comprendront, si elles sont sincères vis-à-vis d’elles-mêmes.

C’était un mélange d’horreur, de répulsion, de craintes vagues, de curiosité.

De curiosité, hélas !

Et comment retrouver madame de Couradilles !

Elle ne s’était pas représentée chez moi ; elle ne m’avait pas écrit. Le jour même où je pus me lever et sortir pour la première fois, comme je tournais le bouton de la porte, chez ma corsetière, une femme qui poussait cette porte de l’autre côté, pour sortir, me heurta involontairement, mais si fort, que je faillis tomber à la renverse.

C’était elle, la Couradilles !