Page:EDMA - La psychanalyse, Le Livre de Poche, 1975.djvu/31

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qui voulait ouvrir la « Nouvelle Revue française » à Freud, était alors une exception. La psychanalyse trouva cependant une audience dans l’avant-garde poétique bien avant d’être admise dans les milieux médicaux.


La créativité de l’inconscient

Son impact fut déterminant sur le mouvement surréaliste. André Breton, qui avait étudié la médecine, est l’un des premiers défenseurs de Freud en France. De la technique des libres associations, il tire une nouvelle forme de poésie, l’écriture automatique, inaugurée en 1921 dans « Les Champs magnétiques », écrits en collaboration avec Philippe Soupault.

Pour le surréalisme, le recours à l’automatisme où s’inscrit la créativité de l’inconscient représente la méthode même, maintenant rationnellement comprise, qui rend compte du langage poétique de Lautréamont et de Rimbaud, et même de la part de création poétique effective décelable dans la masse des poèmes des époques antérieures.

Le surréalisme considère toutefois que l’usage possible des découvertes de Freud va très au-delà de la fondation d’une nouvelle poésie : c’est une arme absolue pour la libération du désir humain. Bien qu’une telle interprétation rende justice à l’aspect le plus révolutionnaire de l’œuvre de Freud, elle ne pouvait manquer de s’opposer au conformisme que celui-ci observait dans ses conceptions sociales. La position surréaliste était plutôt comparable à celle de psychanalystes dissidents comme Wilhelm Reich d’abord, puis Herbert Marcuse par la suite. Mais un malentendu plus fondamental découlait de l’option surréaliste unilatérale en faveur de l’irrationalisme, poussée jusqu’à une certaine