Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/157

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ivresse qui était résultée du porto. La mer était encore trop grosse pour recommencer nos tentatives sur la cambuse. Pendant la journée, plusieurs articles, sans importance pour nous, dans notre situation présente, montèrent à la surface à travers l’ouverture et glissèrent immédiatement par-dessus bord. Nous observâmes aussi que notre carcasse donnait de plus en plus de la bande, si bien que nous ne pouvions plus nous tenir un instant debout sans nous attacher. Aussi nous passâmes une journée mélancolique et des plus pénibles. À midi le soleil nous apparut presque au-dessus de nos têtes, et nous ne doutâmes pas que cette longue suite de vents de nord et de nord-ouest ne nous eût entraînés presque à proximité de l’équateur. Vers le soir, nous vîmes quelques requins, et nous fûmes passablement alarmés par l’un d’eux, un énorme, qui s’approcha de nous d’une façon tout à fait audacieuse. Un instant, comme une embardée avait fait plonger le pont très-avant dans l’eau, le monstre nageait positivement au-dessus de nous ; il se débattit pendant quelques moments juste au-dessus de l’écoutille, et frappa vivement Peters avec sa queue. Un fort coup de mer le roula par-dessus bord à notre grande satisfaction. Avec un temps calme, nous nous en serions facilement emparés.

26 juillet. — Ce matin, le vent était bien tombé, et, la mer n’étant plus très-grosse, nous résolûmes de reprendre notre pêche aux provisions dans la cambuse. Après un rude labeur qui dura toute la journée, nous vîmes qu’il n’y avait plus rien à espérer de ce côté, parce que les cloisons avaient été défoncées pendant la nuit et que les provisions avaient roulé dans la cale. Cette dé-