Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/162

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la cruche n’était vraiment plus potable ; ce n’était qu’une épaisse masse gélatineuse, mélange effrayant de vers et de vase. Nous la jetâmes, et, après avoir lavé soigneusement la cruche dans la mer, nous y versâmes un peu de vinaigre des bouteilles où nous faisions mariner les débris de la tortue. Notre soif alors était presque intolérable, et nous essayâmes vainement de l’apaiser par le vin, qui semblait de l’huile sur le feu et qui nous poussait à une violente ivresse. Nous essayâmes ensuite de soulager nos souffrances par le mélange du vin avec de l’eau de mer ; mais il en résulta immédiatement les plus violentes nausées, de sorte que nous n’y revînmes plus. Pendant tout le jour nous guettâmes avec anxiété l’occasion de nous baigner, mais vainement ; car notre ponton était littéralement assiégé de tous côtés par les requins, — les mêmes monstres, sans aucun doute, qui avaient dévoré notre pauvre camarade dans la soirée précédente, et qui attendaient à chaque instant un nouveau régal de même nature. Cette circonstance nous causa le regret le plus amer et nous remplit des pressentiments les plus mélancoliques et les plus accablants. Le bain nous avait déjà procuré un soulagement inconcevable, et nous ne pouvions endurer l’idée de nous voir frustrés de cette ressource d’une manière si affreuse. D’ailleurs nous n’étions pas absolument libres de toute crainte ni à l’abri d’un danger immédiat ; car la plus légère glissade ou un faux mouvement pouvait nous jeter à la portée de ces poissons voraces, qui venaient en nageant sous le vent et poussaient souvent droit jusqu’à nous. Ni cris ni mouvements de notre part ne semblaient les effrayer. L’un des plus