Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/163

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gros, ayant été frappé d’un coup de hache par Peters, et rudement blessé, n’en persista pas moins à s’avancer jusqu’à nous. Un nuage s’éleva à la brune, mais, à notre extrême désappointement, il passa sans crever. Il est absolument impossible de concevoir ce que nous souffrions alors par la soif. En raison de ces tortures, et aussi par crainte des requins, nous passâmes une nuit sans sommeil.

3 août. — Aucune perspective de soulagement, et le brick se couchant de plus en plus sur le côté, en sorte que nos pieds n’avaient plus du tout prise sur le pont. Nous être occupés à mettre en sûreté notre vin et nos restes de tortue, de manière à ne pas les perdre en cas de culbute. Arraché deux forts clous des porte-haubans de misaine, et, au moyen de la hache, les avoir enfoncés dans la coque du côté du vent, à une distance de l’eau de deux pieds environ ; ce qui n’était pas très-loin de la quille, car nous étions presque sur notre côté. À ces clous nous amarrâmes nos provisions, qui nous parurent plus en sûreté qu’à l’endroit où nous les avions placées précédemment. Horribles souffrances par la soif pendant toute la journée ; — pas d’occasion de nous baigner, à cause des requins qui ne nous quittèrent pas d’un instant. Le sommeil, impossible.

4 août. — Un peu de temps avant le point du jour, nous nous aperçûmes que le navire tournait la quille en l’air, et nous nous ingéniâmes pour éviter d’être lancés par le mouvement. D’abord, la révolution fut lente et graduée, et nous réussîmes très-bien à grimper tout en haut du côté du vent, ayant eu l’heureuse idée de laisser