Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/168

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malgré l’insuffisance de nos moyens actuels pour recueillir l’eau, nous aurions pu remplir l’une d’elles, si ce n’est toutes les deux. En somme nous réussîmes à apaiser les ardeurs de notre soif en laissant nos chemises se saturer d’eau et en les tordant de manière à exprimer dans notre bouche le liquide béatifique. La journée entière se passa dans cette occupation.

7 août. — Juste au point du jour, nous découvrîmes tous deux, au même instant, une voile à l’est qui se dirigeait évidemment vers nous ! Nous saluâmes cette splendide apparition par un long et faible cri d’extase ; et nous nous mîmes immédiatement à faire tous les signaux possibles, à fouetter l’air de nos chemises, à sauter aussi haut que notre faiblesse le permettait, et même à crier de toute la force de nos poumons, bien que le navire fût à une distance de quinze milles au moins. Cependant, il continuait toujours à se rapprocher de notre coque, et nous comprîmes que, s’il gouvernait toujours du même côté, il viendrait infailliblement assez près de nous pour nous apercevoir. Une heure environ après que nous l’eûmes découvert, nous pouvions facilement distinguer les hommes sur le pont. C’était une goëlette longue et basse, avec une mâture très-inclinée sur l’arrière, et qui semblait posséder un nombreux équipage. Nous éprouvâmes alors une forte angoisse ; car nous ne pouvions nous imaginer qu’elle ne nous vît pas, et nous tremblions qu’elle ne voulût nous abandonner à notre sort et nous laisser périr sur les débris de notre navire ; — acte de barbarie vraiment diabolique, maintes fois accompli sur mer, quelque incroyable que cela puisse paraître, par