Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/202

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museau d’un bouledogue. La chair en était tendre, mais excessivement rance et sentant le poisson ; cependant les hommes s’en régalèrent avec avidité, et la déclarèrent une nourriture excellente.

À peine avions-nous hissé notre proie le long du bord, que l’homme de vigie fit entendre le cri joyeux de « Terre par le bossoir de tribord ! » Tout le monde se tint alors sur le qui-vive, et, une brise s’étant très-heureusement levée au nord-est, nous fûmes bientôt sur la côte. C’était un îlot bas et rocheux, d’une lieue environ de circonférence, et complètement privé de végétation, à l’exception d’une espèce de raquette épineuse. En approchant par le nord, nous vîmes un singulier rocher, faisant promontoire, qui imitait remarquablement la forme d’une balle de coton cordée. En doublant cette pointe vers l’ouest, nous trouvâmes une petite baie au fond de laquelle nos embarcations purent atterrir commodément.

Il ne nous fallut pas beaucoup de temps pour explorer toutes les parties de l’île : mais, à une seule exception près, nous n’y trouvâmes rien qui fût digne d’observation. À l’extrémité sud, nous ramassâmes tout près du rivage, à moitié enterrée sous un monceau de pierres éparses, une pièce de bois qui semblait avoir servi de proue à une embarcation. Il y avait eu évidemment quelque intention de sculpture, et le capitaine Guy crut y découvrir une figure de tortue, mais je dois avouer que, pour mon compte, la ressemblance ne me frappa que très-médiocrement. Sauf cette proue, si toutefois c’en était une, nous ne découvrîmes aucun indice qui prouvât