Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/210

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plus grande, mais ne voulurent pas les examiner minutieusement. Il y avait dans la cabine deux grandes glaces, et ce fut là l’apogée de leur émerveillement. Too-wit fut le premier qui s’en approcha, et il était déjà parvenu au milieu de la chambre, faisant face à l’une des glaces et tournant le dos à l’autre, avant de les avoir positivement aperçues. Quand le sauvage leva les yeux et qu’il se vit réfléchi dans le miroir, je crus qu’il allait devenir fou ; mais, comme il se tournait brusquement pour battre en retraite, il se revit encore faisant face à lui-même dans la direction opposée ; pour le coup je crus qu’il allait rendre l’âme. Rien ne put le contraindre à jeter sur l’objet un second coup d’œil ; tout moyen de persuasion fut inutile ; il se jeta sur le parquet, cacha sa tête dans ses mains et resta immobile, si bien qu’enfin nous nous décidâmes à le transporter sur le pont.

Tous les sauvages furent ainsi reçus à bord successivement, vingt par vingt ; quant à Too-wit, il lui fut accordé de rester tout le temps. Nous ne découvrîmes chez eux aucun penchant au vol, et nous ne constatâmes après leur départ la disparition d’aucun objet. Pendant toute la durée de leur visite, ils montrèrent les manières les plus amicales. Il y avait cependant certains traits de leur conduite dont il nous fut impossible de nous rendre compte ; par exemple, nous ne pûmes jamais les faire s’approcher de quelques objets inoffensifs, — tels que les voiles de la goëlette, un œuf, un livre ouvert ou une écuelle de farine. Nous essayâmes de découvrir s’ils possédaient quelques articles qui pussent devenir objets de trafic et d’échange, mais nous eûmes la plus grande