Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/209

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l’on eût dit qu’ils craignaient de la frapper avec la pointe de leurs lances, qu’ils retournaient soigneusement. Il y eut un moment où tout notre équipage s’amusa beaucoup de la conduite de Too-wit. Le coq était en train de fendre du bois près de la cuisine, et, par accident, il enfonça sa hache dans le pont, où il fit une entaille d’une profondeur considérable. Le chef accourut immédiatement, et, bousculant le coq assez rudement, il poussa un petit gémissement, presque un cri, qui montrait énergiquement combien il sympathisait avec les douleurs de la goëlette ; et puis il se mit à tapoter et à patiner la blessure avec sa main et à la laver avec un seau d’eau de mer qui se trouvait à côté. Il y avait là un degré d’ignorance auquel nous n’étions nullement préparés, et, pour mon compte, je ne pus m’empêcher de croire à un peu d’affectation.

Quand nos visiteurs eurent satisfait de leur mieux leur curiosité relativement au gréement et au pont, ils furent conduits en bas, où leur étonnement dépassa toutes les bornes. Leur stupéfaction semblait trop forte pour s’exprimer par des paroles, car ils rôdaient partout en silence, ne poussant de temps à autre que de sourdes exclamations. Les armes leur fournissaient une grosse matière à réflexions, et on leur permit de les manier à loisir. Je crois qu’ils n’en soupçonnaient pas le moins du monde l’usage, mais qu’ils les prenaient plutôt pour des idoles, voyant quel soin nous en prenions et l’attention avec laquelle nous guettions tous leurs mouvements pendant qu’ils les maniaient. Les canons redoublèrent leur étonnement. Ils s’en approchèrent en donnant toutes les marques de la vénération et de la terreur la