Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/229

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souvent gratuitement, et jamais, dans aucun cas, n’escamotant un seul objet, bien qu’ils manifestassent par leurs éternelles et extravagantes démonstrations de joie, à chaque présent que nous leur faisions, quelle haute valeur ils attribuaient aux articles que nous avions en notre possession. Les femmes particulièrement étaient extrêmement obligeantes en toutes choses, et, en somme, nous aurions été les hommes les plus défiants du monde, si nous avions soupçonné la moindre pensée de perfidie de la part d’un peuple qui nous traitait si bien. Il nous suffit de très-peu de temps pour nous convaincre que cette bienveillance apparente n’était que le résultat d’un plan profondément étudié pour amener notre destruction, et que les insulaires qui nous avaient inspiré de si singuliers sentiments d’estime appartenaient à la race des plus barbares, des plus subtils et des plus sanguinaires misérables qui aient jamais contaminé la face du globe.

Ce fut le 1er février que nous allâmes à terre pour rendre visite au village. Bien que nous n’eussions pas, je le répète, le plus léger soupçon, cependant aucune précaution convenable ne fut négligée. Six hommes restèrent à bord de la goëlette, avec ordre de ne laisser approcher aucun sauvage pendant notre absence, sous quelque prétexte que ce fût, et de rester constamment sur le pont. On hissa les filets de bastingage, les canons reçurent une double charge de grappes de raisin et de mitraille, et les pierriers furent chargés de boîtes à balles de fusils. Le navire était mouillé, avec son ancre à pic, à un mille environ de la côte, et aucun canot ne pouvait en