Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/230

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approcher d’aucun côté sans être aperçu et sans s’exposer immédiatement au feu de nos pierriers.

Les six hommes laissés à bord, notre détachement se composait en tout de trente-deux individus. Nous étions armés jusqu’aux dents ; nous avions des fusils, des pistolets et des poignards ; chaque homme possédait en outre un long couteau de marin, ressemblant un peu au bowie-knife si popularisé maintenant dans toutes nos contrées du Sud et de l’Ouest. Une centaine de guerriers revêtus de peaux noires vint à notre rencontre au débarquement pour nous faire la conduite. Je dois dire que nous remarquâmes alors, non sans quelque surprise, qu’ils étaient complètement sans armes ; et quand nous questionnâmes Too-wit relativement à cette circonstance, il répondit simplement : Mattee non we pa pa si, — c’est-à-dire : Là où tous sont frères, il n’est pas besoin d’armes. Nous prîmes cela en bonne part, et nous continuâmes notre route.

Nous avions passé la source et le ruisseau dont j’ai déjà parlé, et nous entrions dans une gorge étroite qui serpentait à travers les collines de pierre de savon au milieu desquelles se trouvait situé le village. Cette gorge était rocheuse et très-inégale, au point que, lors de notre première excursion à Klock-Klock, nous n’avions pu la franchir qu’avec la plus grande difficulté. Le ravin, dans toute sa longueur, pouvait bien avoir un mille et demi ou même deux milles. Il se contournait en mille sinuosités à travers les collines (il avait probablement, à une époque reculée, formé le lit d’un torrent), et jamais il ne se continuait plus de vingt yards sans faire un brusque