Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/234

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


propre poids, effondrées par le haut, et que, nous trouvant ainsi ensevelis tout vivants, nous étions perdus à jamais. Pendant longtemps, nous nous abandonnâmes lâchement à la douleur et au désespoir le plus affreux, tels que ceux qui ne se sont pas trouvés dans une situation semblable ne pourront jamais se les figurer. Je crois fermement qu’aucun des accidents dont peut être semée l’existence humaine n’est plus propre à créer le paroxysme de la douleur physique et morale qu’un cas semblable au nôtre : — Être enterrés vivants ! La noirceur des ténèbres qui enveloppent la victime, l’oppression terrible des poumons, les exhalaisons suffocantes de la terre humide se joignent à cette effrayante considération, — que nous sommes exilés au delà des confins les plus lointains de l’espérance et que nous sommes bien dans la condition spéciale des morts, — pour jeter dans le cœur humain un effroi, une horreur glaçante qui sont intolérables, — qu’il est impossible de concevoir !

À la longue, Peters fut d’avis que nous devions avant tout vérifier jusqu’où s’étendait notre malheur et tâtonner à travers notre prison ; car il n’était pas absolument impossible, ajouta-t-il, que nous pussions découvrir une ouverture pour nous échapper. Je m’accrochai vivement à cet espoir, et, rappelant mon énergie, je m’efforçai de me frayer une voie à travers cet amas de terre éparse. J’avais à peine avancé d’un pas qu’un filet de lumière arriva jusqu’à moi, imperceptible, il est vrai, mais suffisant pour me convaincre qu’en tout cas nous ne péririons pas immédiatement par manque d’air. Nous reprîmes alors un peu courage, et nous tâchâmes