Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/238

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


environnante, et enfin tout le terrible secret du tremblement de terre nous fut révélé en un moment et au premier coup d’œil.

Notre point de vue n’était pas loin du sommet du pic le plus élevé parmi cette chaîne de montagne de stéatite. La gorge dans laquelle s’était engagé notre détachement de trente-deux hommes courait à cinquante pieds à notre gauche. Mais, dans une étendue de cent yards au moins, le défilé, ou lit de cette gorge, était absolument comblé par les débris chaotiques de plus d’un million de tonnes de terre et de pierres, véritable avalanche artificielle qui y avait été adroitement précipitée. La méthode employée pour faire s’écrouler cette vaste masse était aussi simple qu’évidente, car il restait encore des traces positives de l’œuvre meurtrière. En quelques endroits, le long de la crête du côté est de la gorge (nous étions alors à l’ouest), nous pouvions apercevoir des poteaux de bois plantés dans la terre. En ces endroits-là, la terre n’avait pas fléchi ; mais tout le long de la paroi du précipice d’où la masse s’était détachée, il était évident, d’après certaines traces empreintes dans le sol et ressemblant, celles laissées par la sape, que des pieux semblables à ceux que nous voyions subsistant encore avaient été fixés, à une distance d’un yard au plus l’un de l’autre, dans une longueur peut-être de trois cents pieds, sur une ligne située à dix pieds environ du bord du précipice. De forts ligaments de vigne adhéraient encore aux poteaux subsistant sur la colline, et il était évident que des cordes de même nature avaient été attachées à chacun des autres poteaux. J’ai déjà parlé de la singulière stratification de ces collines