Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/237

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passage à travers lequel nous avions émergé, nous vîmes clairement, à l’aspect de ses parois, qu’il était de formation récente, et nous en conclûmes que la secousse, de quelque nature qu’elle fût, qui nous avait si inopinément engloutis, nous avait en même temps ouvert cette voie de salut. Presque épuisés par nos efforts, et vraiment si faibles que nous pouvions à peine nous tenir sur nos pieds et prononcer une parole, Peters eut l’idée de donner l’alarme à nos compagnons en déchargeant nos pistolets qui étaient restés fixés à notre ceinture ; — car, pour les fusils et les coutelas, nous les avions perdus parmi les décombres de terre molle au fond de l’abîme. Les événements subséquents prouvèrent que, si nous avions fait feu, nous nous en serions amèrement repentis ; mais, par grand bonheur, un demi-soupçon de l’infâme tour dont nous étions victimes s’était pendant ce temps-là éveillé dans mon esprit, et nous prîmes bien garde de faire connaître aux sauvages en quel lieu nous nous trouvions.

Après nous être reposés pendant une heure environ, nous poussâmes lentement vers le haut de la ravine, et nous n’étions pas allés bien loin que nous entendîmes une série de hurlements effroyables. Nous atteignîmes enfin ce que nous pouvions décidément appeler la surface du sol ; car notre route jusque-là, depuis que nous avions quitté la plate-forme, avait serpenté sous une voûte de roches élevées et de feuillage, à une grande distance au-dessus de nos têtes. Avec la plus grande prudence, nous nous coulâmes vers une étroite ouverture d’où il nous fut facile d’embrasser du regard toute la contrée