Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/244

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mèches fussent appliquées aux canons de bâbord. Rien ne pouvait plus arrêter la rage de ces brutes. Nos hommes furent tout de suite culbutés, écrasés, foulés aux pieds et complètement mis en lambeaux en un instant.

Voyant cela, les sauvages des radeaux revinrent de leur frayeur et arrivèrent en foule pour le pillage. En cinq minutes la Jane fut le théâtre déplorable d’une dévastation et d’un désordre sans pareil. Le pont fut fendu, arraché, entr’ouvert ; les cordages, les voiles et toutes les manœuvres, démolis comme par magie ; cependant que, poussant à l’arrière, remorquant avec ses canots et halant sur les côtés, cette multitude de misérables qui nageait autour du navire parvint facilement à l’échouer à la côte (le câble ayant été filé par le bout), et le remit aux bons soins de Too-wit, qui, durant toute la bataille, comme un général consommé, avait précieusement gardé son poste d’observation au milieu des collines, mais qui, maintenant que la victoire était aussi complète qu’il le désirait, consentait à accourir avec son état-major velu et à prendre sa part du butin.

La descente de Too-wit nous permit de quitter notre cachette et de faire une reconnaissance dans la colline aux environs du ravin. À cinquante yards à peu près de l’entrée, nous vîmes une petite source où nous étanchâmes la soif brûlante qui nous consumait. Non loin de cette source nous découvrîmes quelques coudriers de l’espèce dont j’ai déjà parlé. En goûtant aux noisettes, nous les trouvâmes assez passables et ressemblant par leur saveur à la noisette anglaise commune. Nous en remplîmes immédiatement nos chapeaux, nous les dépo-