Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/250

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propos nous procura une nourriture excellente, bien qu’un peu coriace. Ce n’était pas un oiseau océanique, mais une espèce de butor, avec un plumage d’un noir de jais parsemé de gris et des ailes fort petites relativement à sa grosseur. Nous en vîmes plus tard trois autres de même espèce dans les environs du ravin, qui avaient l’air de chercher celui que nous avions capturé ; mais, comme ils ne s’abattirent pas une seule fois, nous ne pûmes nous en emparer.

Tant que dura l’animal, nous n’eûmes pas à souffrir de notre situation ; mais il était maintenant entièrement consommé, et il y avait absolue nécessité d’aviser aux provisions. Les noisettes ne suffisaient pas à apaiser les angoisses de la faim ; de plus, elles nous causaient de cruelles coliques d’intestins, et même de violents maux de tête quand nous en mangions abondamment. Nous avions aperçu quelques grosses tortues près du rivage, à l’est de la colline, et nous avions vu qu’il nous serait facile de nous en emparer, pourvu que nous puissions arriver jusqu’à elles sans être découverts par les naturels. Nous résolûmes donc de tenter une descente.

Nous commençâmes par descendre le long de la pente sud, qui semblait nous présenter de moindres difficultés ; mais nous avions à peine fait cent yards que notre marche (comme nous l’avions prévu d’après l’inspection des lieux faite du sommet de la colline) fut complètement barrée par un embranchement de la gorge dans laquelle nos camarades avaient péri. Nous longeâmes le bord de cette ravine pendant un quart de mille à peu près ; mais nous fûmes arrêtés de nouveau