Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/273

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mots Tsalemon et Tsalal s’accusait avec un sifflement prolongé qu’il nous fut impossible d’imiter, même après des efforts répétés, et qui rappelait précisément l’accent du butor noir que nous avions mangé sur le sommet de la colline.

3 mars. — La chaleur de l’eau était alors vraiment remarquable, et sa couleur, subissant une altération rapide, perdit bientôt sa transparence et prit une nuance opaque et laiteuse. À proximité de nous, la mer était habituellement unie, jamais assez rude pour mettre le canot en danger, — mais nous étions souvent étonnés d’apercevoir, à notre droite et à notre gauche, à différentes distances, de soudaines et vastes agitations à la surface, lesquelles, nous le remarquâmes à la longue, étaient toujours précédées par d’étranges vacillations dans la région de vapeur au sud.

4 mars. — Le 4, dans le but d’agrandir notre voile, comme la brise du nord tombait sensiblement, je tirai de la poche de mon paletot un mouchoir blanc. Nu-Nu était assis tout contre moi, et, le linge lui ayant par hasard effleuré le visage, il fut pris de violentes convulsions. Cette crise fut suivie de prostration, de stupeur et de ses éternels : Tekeli-li ! Tekeli-li ! soupirés d’une voix sourde.

5 mars. — Le vent était entièrement tombé, mais il était évident que nous nous précipitions toujours vers le sud, sous l’influence d’un puissant courant. En vérité, il eût été tout naturel d’éprouver quelque frayeur au tour singulier que prenait l’aventure ; — mais non, nous n’en éprouvions aucune ! La physionomie de Peters ne