Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/275

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ple, de soulever avec son index sa lèvre supérieure et de montrer les dents qu’elle recouvrait. Elles étaient noires. Jusqu’alors nous n’avions jamais vu les dents d’un habitant de Tsalal.

8 mars. — Ce jour-là, passa à côté de nous un de ces animaux blancs dont l’apparition sur la baie de Tsalal avait causé un si grand émoi parmi les sauvages. J’eus envie de l’accrocher au passage ; mais un oubli, une indolence soudaine s’abattirent sur moi, et je n’y pensai plus. La chaleur de l’eau augmentait toujours, et la main ne pouvait plus la supporter. Peters parla peu, et je ne savais que penser de son apathie. Nu-Nu soupirait, et rien de plus.

9 mars. — La substance cendreuse pleuvait alors incessamment autour de nous et en énorme quantité. La barrière de vapeur au sud s’était élevée à une hauteur prodigieuse au-dessus de l’horizon, et elle commençait à prendre une grande netteté de formes. Je ne puis la comparer qu’à une cataracte sans limites, roulant silencieusement dans la mer du haut de quelque immense rempart perdu dans le ciel. Le gigantesque rideau occupait toute l’étendue de l’horizon sud. Il n’émettait aucun bruit.

21 mars. — De funestes ténèbres planaient alors sur nous ; — mais des profondeurs laiteuses de l’océan jaillissait un éclat lumineux qui glissait sur les flancs du canot. Nous étions presque accablés par cette averse cendreuse et blanche qui s’amassait sur nous et sur le bateau, mais qui fondait en tombant dans l’eau. Le haut de la cataracte se perdait entièrement dans l’obscurité