Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/32

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cette idée, je résolus de me tenir en joie et d’attendre tranquillement la suite des événements, jusqu’à ce qu’il me fût permis d’échanger mon étroite caisse pour les commodités plus vastes, mais à peine plus recherchées, de la cabine. Mon premier soin fut d’aller chercher la montre. Je laissai la bougie allumée, et je m’avançai à tâtons dans les ténèbres, tout en suivant la corde à travers ses détours, tellement compliqués que je m’apercevais quelquefois que, malgré tout mon travail et tout le chemin parcouru, j’étais ramené à un ou deux pieds d’une position précédente. À la longue cependant, j’atteignis le clou, et, m’assurant de l’objet d’un si long voyage, je m’en revins heureusement. J’examinai alors les livres dont Auguste m’avait pourvu avec une si charmante sollicitude, et je choisis l’Expédition de Lewis et Clarke à l’embouchure de la Columbia. Je m’en amusai pendant quelque temps, et puis, sentant mes yeux s’assoupir, j’éteignis soigneusement la bougie, et je tombai bientôt dans un profond sommeil.

En m’éveillant, je me sentis l’esprit singulièrement brouillé, et il s’écoula quelque temps avant que je pusse me rappeler les diverses circonstances de ma situation. Peu à peu, toutefois, je me souvins de tout. Je fis de la lumière, et je regardai la montre ; mais elle s’était arrêtée ; je n’avais donc aucun moyen d’apprécier combien de temps avait duré mon sommeil. Mes membres étaient brisés par des crampes, et je fus obligé, pour les soulager, de me tenir debout entre les cages. Comme je me sentis alors pris d’une faim presque dévorante, je pensai au mouton froid dont j’avais mangé un morceau avant de