Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/45

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retrouvé ma position première. Alors, tâtonnant prudemment avec ma tête, deçà et delà, je découvris qu’en m’avançant lentement, avec la plus grande précaution, dans un sens opposé à celui que j’avais adopté d’abord, je pourrais arriver auprès de la lumière sans la perdre de vue. Enfin donc j’y parvins, non sans avoir suivi une route péniblement brisée par une foule de détours, et je découvris que cette lumière provenait de quelques fragments de mes allumettes éparpillées dans un baril vide et couché sur le côté. Je m’étonnais fort de les retrouver en pareil lieu, quand ma main tomba sur deux ou trois morceaux de cire qui avaient été évidemment mâchonnés par le chien. J’en conclus tout de suite qu’il avait dévoré toute ma provision de bougies, et je désespérai de pouvoir jamais lire le billet d’Auguste. Les bribes de cire étaient si bien amalgamées avec d’autres débris dans le baril, que je renonçai à en tirer le moindre secours, et je les laissai où elles étaient. Quant au phosphore, dont il restait encore une ou deux miettes lumineuses, je le récoltai du mieux que je pus, et je retournai avec beaucoup de peine jusqu’à ma caisse, où Tigre était resté pendant tout ce temps.

Je ne savais, en vérité, que faire maintenant. La cale était si profondément sombre que je ne pouvais pas voir ma main, même en l’approchant tout près de mon visage. Quant à la bande blanche de papier, je pouvais à peine la distinguer, et encore ce n’était pas en la regardant directement, mais en tournant vers elle la partie extérieure de la rétine, c’est-à-dire en l’observant un peu de travers, que je parvenais à la rendre légèrement sensible à mon