Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/47

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été peu nombreux. On doit se rappeler que je respirais, depuis plusieurs jours certainement, l’atmosphère presque pestilentielle d’un étroit cachot dans un navire baleinier, et, pendant une bonne partie de ce temps, je n’avais joui que d’une quantité d’eau très insuffisante. Pendant les dernières quatorze ou quinze heures, j’en avais été totalement privé, — aussi bien que de sommeil. Des provisions salées de la nature la plus irritante avaient été ma principale et même, depuis la perte de mon mouton, mon unique nourriture, à l’exception du biscuit de mer ; et encore ce dernier m’était devenu d’un usage tout à fait impossible, beaucoup trop sec et trop dur pour que ma gorge pût l’avaler, enflée et desséchée comme elle l’était. J’avais alors une fièvre très-intense, et j’étais à tous égards excessivement mal. Cela expliquera comment de longues misérables heures d’abattement aient pu s’écouler depuis l’aventure du phosphore, avant que l’idée me vînt que je n’avais encore examiné qu’un des côtés du papier. Je n’essayerai pas de décrire toutes mes sensations de rage (car je crois que la colère dominait toutes les autres), quand le remarquable oubli que j’avais commis éclata soudainement dans mon esprit. Cette bévue n’aurait pas été très-grave en elle-même, si ma folie et ma pétulance ne l’eussent pas rendue telle ; — dans mon désappointement de ne pas trouver quelques mots sur la bande de papier, je l’avais puérilement déchirée, et j’en avais jeté les morceaux ; — où ? il m’était impossible de le savoir.

Je fus, pour la partie la plus ardue du problème, tiré d’affaire par la sagacité de Tigre. Ayant trouvé, après une longue recherche, un petit morceau de billet, je le