Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/48

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mis sous le nez du chien, m’efforçant de lui faire comprendre qu’il fallait m’apporter le reste. À mon grand étonnement (car je ne lui avais enseigné aucun des tours habituels qui font la renommée de ses pareils), il sembla entrer tout de suite dans ma pensée, et farfouillant pendant quelques moments, il en trouva bien vite un autre morceau assez important. Il me l’apporta, fit une petite pause, et frottant son nez contre ma main, parut attendre que j’approuvasse ce qu’il avait fait. Je lui donnai une petite tape sur la tête, et il repartit immédiatement pour sa besogne. Quelques minutes s’écoulèrent avant qu’il revînt, — mais enfin il rapporta une grande bande qui complétait tout le papier perdu ; — je ne l’avais lacéré, à ce qu’il paraît, qu’en trois morceaux. Très-heureusement, je n’eus pas grand’peine à retrouver le peu qui restait de phosphore, guidé par la lueur indistincte qu’émettaient toujours un ou deux petits fragments. Mes mésaventures m’avaient appris la nécessité de la prudence, et je pris alors le temps de réfléchir sur ce que j’allais faire. Très-probablement, pensai-je, quelques mots avaient été écrits sur le côté du papier que je n’avais pas examiné ; — mais quel était ce côté ? L’assemblage des morceaux ne me donnait aucun renseignement à cet égard et me garantissait simplement que je trouverais tous les mots (si toutefois il y avait quelque chose) du même côté, et se suivant logiquement comme ils avaient été écrits. Vérifier le point en question et d’une manière indubitable était une chose de la plus absolue nécessité ; car les débris de phosphore eussent été tout à fait insuffisants pour une troisième épreuve, si j’échouais par mal-