Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/60

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ches, — deux autres auprès du grand panneau. Le second cria à haute voix :

— Entendez-vous, vous autres, en bas ? allons, haut sur le pont ! — un à un, entendez-vous bien ! — et qu’on ne bougonne pas !

Il s’écoula quelques minutes avant qu’un seul osât se montrer ; à la fin, un Anglais, qui s’était embarqué comme novice, grimpa en pleurant pitoyablement, et suppliant le second, de la manière la plus humble, de vouloir bien épargner sa vie. La seule réponse à sa prière fut un bon coup de hache sur le front. Le pauvre garçon roula sur le pont sans pousser un gémissement, et le coq noir l’enleva dans ses bras, comme il aurait fait d’un enfant, et le lança tranquillement à la mer. Après avoir entendu le coup et la chute du corps, les hommes d’en bas refusèrent absolument de se hasarder sur le pont ; promesses et menaces, tout fut inutile ; lorsque enfin quelqu’un proposa de les enfumer là dedans. Ce fut alors un élan général, et l’on put croire un instant que le brick allait être reconquis. À la fin, cependant, les mutins parvinrent à refermer solidement le gaillard d’avant, et six de leurs adversaires seulement purent se jeter sur le pont. Ces six, se trouvant en forces si inégales et complètement privés d’armes, se soumirent après une lutte très-courte. Le second leur donna de belles paroles, — sans aucun doute pour amener ceux d’en bas à se soumettre ; car ils pouvaient entendre sans peine tout ce qui se disait sur le pont. Le résultat prouva sa sagacité, aussi bien que sa scélératesse diabolique. Tous les hommes emprisonnés dans le gaillard d’avant manifestèrent alors l’in-