Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/71

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était évident, d’après sa conduite, qu’il avait conscience de ma présence dans la cale, et Auguste pensa que la bête pourrait bien venir jusqu’à moi, s’il la laissait descendre. Il s’avisa alors de l’expédient du billet ; car il était avant tout à désirer que je ne fisse aucune tentative pour sortir de ma cachette, au moins dans les circonstances présentes, et, en somme, il n’avait aucune certitude de pouvoir me venir trouver le matin suivant, comme il en avait l’intention. Les événements qui suivirent prouvèrent combien était heureuse l’idée qui lui vint alors ; car si je n’avais pas reçu le billet, je me serais indubitablement arrêté à quelque plan désespéré pour donner l’alarme à l’équipage, et la conséquence très-probable eût été l’immolation de nos deux existences.

Ayant donc résolu d’écrire, la difficulté maintenant était de se procurer les moyens de le faire. Un vieux cure-dents fut bientôt transformé en plume ; encore fit-il l’opération au juger, par sentiment ; car l’entrepont était aussi noir que de la poix. Le feuillet extérieur d’une lettre lui fournit suffisamment de papier ; — c’était un double de la fausse lettre fabriquée pour M. Ross. C’en était la première ébauche ; mais Auguste, ne trouvant pas l’écriture convenablement imitée, en avait écrit une autre, et, par grand bonheur, avait fourré la première dans la poche de son habit, où il venait de la retrouver très à propos. Il ne manquait plus que de l’encre, et il en trouva immédiatement l’équivalent dans une légère incision qu’il se fit avec son canif au bout du doigt, juste au-dessus de l’ongle ; — il en jaillit un jet de sang très-suffisant,