Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/72

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comme de toutes les blessures faites en cet endroit. Il écrivit alors le billet aussi lisiblement qu’il le pouvait dans les ténèbres et dans une pareille circonstance. Cette note m’expliquait brièvement qu’une révolte avait eu lieu ; que le capitaine Barnard avait été abandonné au large, que je pouvais compter sur un secours immédiat quant aux provisions, mais que je ne devais pas me hasarder à donner signe de vie. La missive concluait par ces mots : Je griffonne ceci avec du sang ; — restez caché ; — votre vie en dépend.

La bande de papier une fois attachée au chien, celui-ci avait été lâché à travers l’écoutille, et Auguste était retourné comme il avait pu vers le gaillard d’avant, où il n’avait trouvé aucun indice que quelqu’un de l’équipage fût venu pendant son absence. Pour cacher le trou dans la cloison, il planta son couteau juste au-dessus et y suspendit une grosse vareuse qu’il avait trouvée dans le cadre. Il remit alors ses menottes et rajusta la corde autour de ses chevilles.

Ces dispositions étaient à peine terminées, que Dirk Peters descendit, très-ivre, mais de très-bonne humeur, et apportant à mon ami sa pitance pour la journée. Elle consistait en une douzaine de grosses pommes de terre d’Irlande grillées et une cruche d’eau. Il s’assit pendant quelque temps sur une malle, à côté du cadre, et se mit à parler librement du second et à jaser sur toutes les affaires du bord. Ses manières étaient extrêmement capricieuses et même grotesques. À un certain moment, Auguste se sentit très-alarmé par sa conduite bizarre. À la fin, toutefois, il remonta sur le pont en marmottant