Page:Edgar Poe Arthur Gordon Pym.djvu/76

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instant qu’il entendit le fracas de la bouteille que j’avais jetée à mes pieds. Mille fois heureux, en vérité, fut cet incident, — car c’est à cet incident, si trivial qu’il paraisse, qu’était attaché le fil de ma destinée. Plusieurs années se sont écoulées, cependant, avant que j’aie eu connaissance du fait. Une honte naturelle et un remords de sa faiblesse et de son indécision empêchèrent Auguste de m’avouer tout de suite ce qu’une intimité plus profonde et sans réserve lui permit plus tard de me révéler. En trouvant sa route à travers la cale empêchée par des obstacles dont il ne pouvait pas triompher, il avait pris le parti de renoncer à son entreprise et de remonter décidément sur le gaillard d’avant. Avant de le condamner entièrement sur ce chapitre, les circonstances accablantes qui l’entouraient doivent être prises en considération. La nuit avançait rapidement, et son absence du gaillard d’avant pouvait être découverte ; et cela devait nécessairement arriver s’il manquait à retourner à son cadre avant le point du jour. Sa chandelle allait bientôt mourir dans l’emboîture, et il aurait eu la plus grande peine dans les ténèbres à retrouver son chemin vers l’écoutille. On accordera aussi qu’il avait toutes les raisons possibles de me croire mort, auquel cas il n’y avait aucun profit pour moi à ce qu’il atteignît ma caisse, et il y avait pour lui une foule de dangers à affronter très-inutilement. Il m’avait appelé à plusieurs reprises, et je n’avais fait aucune réponse. J’étais resté onze jours et onze nuits sans autre eau que celle contenue dans la cruche qu’il m’avait laissée, — provision que très-probablement je n’avais pas dû beaucoup ménager au commencement de ma réclusion,